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Collaborer 2.0 : sommes nous vraiment prêts ?
[ Olivier ] Le web 2.0 se veut collaboratif, et de nombreux services sortis récemment promettent de nous aider à mieux collaborer. Ainsi, des services comme Writely, Webcollaborator, WideWord ou encore le tout récent et prometteur Rallypoint nous permettent de co-rédiger et échanger des documents. Conversate nous permet de discuter plus facilement que par mail sur un sujet donné et d’archiver ces conversations. Slawesome et YackPack nous permettent d’échanger des messages audios. Et bien sur, Basecamp nous permet de mettre de l’ordre dans nos collaborations, en mettant à notre disposition un outil basique de gestion de projets. Mais sommes nous réellement prêt pour ces déferlantes d’outils tous aussi intéressants les uns que les autres?
En France (et probablement ailleurs), il est classique de dire “le savoir, c’est le pouvoir”… Cela fait longtemps que je trouve ce concept dépassé, mais il ne faut pas se voiler la face: c’est un concept extrêmement vivace, voire une véritable politique, dans de nombreuses entreprises… Du coup, la notion de collaboration est toute relative, et tous ces outils auront sûrement du mal à trouver preneur non? Bien sur il reste les particuliers, qui peuvent alors former une “communauté” et utiliser tous ces services à des fins personnelles, mais n’est ce pas illusoire? Mes relations amicales ne sont pas un projet que je gère, et je préfère mille fois discuter avec mes amis autour d’un bon repas plutôt que via le web, quelque soit le service… pas vous? Je me demande donc quelle est la réelle cible de tous ces outils que je trouve tous très intéressants, mais que je n’arrive pas à utiliser dans la vie de tous les jours, malgré tout mes efforts?
De plus, tous ces outils ont un problème majeur: qui dit collaborer dit être plusieurs (belle lapalissade!) mais surtout, dans le cas de ces services, cela veut dire être plusieurs à utiliser le même outil… Mais comment faire pour amener les autres à utiliser le même outil que moi? Pour chaque type de collaboration, chacun va préférer tel ou tel service. Et aucun service ne collabore avec un autre! La plupart des services web actuels réintroduisent la notion de format propriétaire (qui tendait à disparaitre du poste client), mais surtout, et c’est plus grave, ne considèrent pas toujours que l’utilisateur est propriétaire de son contenu… Pour vous en rendre compte, il suffit de faire un test simple: quand vous vous inscrivez à un service, regardez qu’elles sont les possibilités d’exportation de vos données. Quand ce n’est pas inexistant, c’est généralement pas terrible… Un exemple classique de ce problème: tous les services de social bookmarking sont capables d’importer vos favoris depuis votre navigateur ou del.icio.us, mais combien proposent d’exporter l’information que vous avez stockée en ligne vers votre navigateur ou del.icio.us? Pratiquement aucun!
Bref, collaborer entre êtres humains via des services en ligne, c’est clairement l’avenir, mais avant cela, il faudrait peut être que les services en lignes, qui nous vantent les mérites de la collaboration, apprennent à collaborer entre eux non?
[ Patrick ] Je ne partage pas complètement l’avis d’Olivier en ce qui concerne l’utilisation d’un même service en ligne à plusieurs. Au sein d’une organisation (entreprise, association ..), ce n’est pas un problème d’imposer le service à utiliser pour collaborer en interne à usage privé. Il y a d’autres freins psychologiques plus importants dès que l’on parle de logiciel comme un service ( SaaS : Software as a Service). Le premier frein étant tout simplement le fait d’externaliser les données parfois sensibles voire critiques de l’entreprise auprès de jeunes services en ligne en version bêta. Quelle pérennité offrent-ils ? Quel niveau de sécurité garantissent-ils ? Enfin, quelle assurance de confidentialité des données assurent-ils ? Bref, les récents services 2.0 auront de nombreux obstacles à surmonter pour convaincre une clientèle professionnelle. Le meilleur exemple à suivre dans ce domaine me semble être celui de saleforces.com.
Par contre, lorsqu’il s’agit de collaborer publiquement, sur un wiki ou un blog par exemple, leur utilisation se justifie complètement. A condition, comme Olivier l’a très justement fait remarquer, qu’ils offrent la possibilité d’exporter les données publiées et qu’ils soient inter-opérables avec d’autres services (on parle alors d’un service ouvert).
Notons également le cas d’une utilisation temporaire (ou jetable) d’un service en ligne pour la prise de notes comme Jotlive. Ce type de service se prête parfaitement à l’usage, permet d’évangéliser le marché et conquérir de nouveaux utilisateurs.
Pour aller encore plus loin dans la réflexion sur l’intéropérabilité des récents services en ligne 2.0, il s’agit à mon sens d’une question de survie à long terme pour eux. Ne proposant généralement qu’une seule application, ils sont condamnés à terme par rapport à un Office Live … car lorsque l’on parle de productivité de groupe, on ne va pas imposer à chaque collaborateur de souscrire autant de services qu’il y a d’applications (mail, carnet d’adresses, calendrier, to-do list, blog, wiki, espace de partage de documents, word …). L’intégration et l’échange des informations entre applications sont indispensables pour apporter une réelle valeur à l’utilisateur. C’est surtout cela qui devrait motiver les services en ligne à collaborer entre eux et offrir des API. Imaginons un instant que chaque service en ligne se concentre sur une seule application et supposons qu’il le fasse bien (plutot que de vouloir tout faire). L’utilisateur serait gagnant grâce à une identification unique (single sign-on), une interface unique (une simple feuille de style qui pourrait être utilisée d’un service à l’autre) et la possibilité de consommer chaque service comme un “module” de son site ! Bref, que du bonheur …
Si vous avez lancé un service 2.0, je vous invite d’ailleurs à l’indiquer sur l’excellent Wsfinder.
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10 commentaires 12 December 2005 19:27 Olivier
Yoono: interview de Laurent Quérel
Nous remercions Laurent Quérel, co-fondateur (au coté de Pascal Josselin, John Dugdale et Nicolas Lehuen) et directeur technique de Yoono, d’avoir accepter de faire cette interview par email.

Alerti: A quoi sert le service Yoono ?
Yoono: Yoono est service collaboratif de recherche, de partage et d’échange d’informations. Sa particularité est de regrouper des fonctionnalités plus ou moins disponibles sur le web mais de manière éparse. Yoono intègre des fonctions de Social Bookmarking, des fonctions de recherche pour identifier des sites similaires et des experts, un lecteur RSS et un générateur de fils RSS (fonction revue de presse).
Notre approche se distingue des offres concurrentes car nous ne basons pas nos fonctions de Social Bookmarking et notre moteur de recherche sur la notion de tags. Nous utilisons la classification des favoris au niveau structurel pour déterminer les relations de similarité entre les sites. Nous évitons ainsi les problèmes liés aux tags : problèmes de synonymie, d’orthographe et de langue.
Alerti: Pourquoi avez-vous lancé le service Yoono ?
Yoono: Yoono est né du besoin de minimiser mon temps de veille journalière et d’échanger mes découvertes avec mes collaborateurs ou amis. Aujourd’hui les moteurs indexent les sites par mots clés. Cette technique a été parfaitement assimilée par certains, internautes ou sociétés, qui détournent les résultats de recherche à leur profit. Cela brouille les résultats de recherche et ne reflète en rien l’audience réelle d’un site.
Avec Yoono, notre idée a été d’indexer la recherche et la sélection humaines à grande échelle pour obtenir de meilleures performances, notamment sur des thématiques précises. Nous avons cherché à systématiser le bouche à oreille que nous avons tous effectués avec des amis ou des collègues pour trouver des sites fiables sur un domaine particulier.
Les grands moteurs de recherche utilisent des laboratoires (avec des experts) pour mesurer la pertinence de leurs résultats afin de modifier leurs algorithmes. Un mixage de ces deux technologies de recherche serait bien plus pertinent.
Alerti: Quand avez-vous lancé le service Yoono ?
Yoono: Officiellement le service Yoono a été lancé le 16 septembre 2005 après plus d’un an de développement.
Alerti: Existe-t-il des services concurrents de Yoono ? Si oui, lesquels ?
Yoono: Oui nous avons des concurrents et ils sont nombreux mais notre approche reste pour l’instant unique! Nos concurrents sont tous concentrés autour de la notion de “social tagging”. My Web 2.0 (Yahoo), Del.icio.us, Simpy, Furl, Spurl, Blinklist,… proposent des services de tagging web plus ou moins conviviaux. Notre approche se démarque en proposant un service qui ne change pas les habitudes des utilisateurs (réutilisation des favoris du navigateur), qui regroupe plusieurs services en un applicatif convivial, et qui minimise l’impact des différences de nommage des sites, inévitables dans un contexte grand public et international.
Alerti: Consacrez-vous tout votre temps à Yoono ?
Yoono: Oui nous travaillons à temps plein sur le projet.
Alerti: Parlez-nous de votre équipe ?
Yoono: Nous sommes tous des passionnés et avons pour point commun d’aimer relever des challenges. Et pour sortir un produit comme Yoono en France il faut avoir ces deux compétences. Actuellement nous sommes 5 personnes à temps pleins + 1 freelance à mi-temps. Pascal Josselin dirige la société Yoono, c’est un vrai entrepreneur qui n’en est pas à son premier coût d’essais (Stratélite revendu à Fi System, The CRM Company). Au niveau développement, nous sommes 4 ingénieurs dont 3 ont plus de 8 ans d’expériences professionnelles dans le développement web et logiciel (parcours professionnels : Fi System, iomedio, ubicco, The CRM Company).
Alerti: Avez-vous lancé ou êtes-vous impliqué dans d’autres services en ligne ?
Yoono: Certains d’entre nous ont fait parti de la société iomedio, startup financée à hauteur de 10M€, qui opérait en marque blanche des annuaires importants online pour le compte de grands diffuseurs (Les Echos, M6, Club Internet, AutoPlus, Zdnet, etc).
Alerti: Quel est votre mode de financement ?
Yoono: Aujourd’hui le financement est exclusivement interne. Je me suis associé avec 2 serials entrepreneurs qui apportent leurs compétences entreprenariales et financent en grande partie la structure.
Alerti: Que pensez-vous du web 2.0 ?
Yoono: Le web est effectivement à une époque charnière. Les services web 2.0, puisqu’il faut bien les nommer, doivent apporter un plus grand confort d’utilisation, une meilleure intégration avec le poste de travail et des fonctions communautaires exploitant mieux l’intelligence et le travail des internautes. On assiste à un élargissement de l’utilisation du web. Du site web classique, l’internaute va utiliser de plus en plus des applications web (type gmail). D’où le besoin de faire évoluer les technologies web classiques.
Les débats techniques autour du web 2.0 sont loin d’être terminés car aujourd’hui aucune solution n’est réellement parfaite. Les technos web de type AJAX et le retour des clients riches (flash, xul and co, …) pour répondre à ces besoins, apportent pour la plupart un peu plus de convivialité. Elles n’apportent cependant pas pour l’instant toutes les fonctionnalités que l’on peut envisager dans une application C++ ou Delphi (par exemple: base de données embarquée, interface avec les applications bureautiques, etc). Prenons AJAX et XUL qui ont le vent en poupe actuellement, développer avec ces technologies n’est pas toujours de tout repos. Personnellement je militerais pour un XUL+HTML+CSS+Javascript épuré des effroyables RDF, XBL et autres mécanismes de template. XAML me semble aussi très prometteur car simple et mixant les avantages de XUL et de flash mais pour l’instant restreint à l’univers windows, dommage… (NDLR: si vous n’avez rien compris à cette avalanche de termes techniques, direction Wikipedia pour mettre un sens derrière chaque mot, nous sommes trop paresseux pour faire tous les liens ;-))
Alerti: Quelle est votre philosophie pour le design de Yoono ?
Yoono: Toute fonction doit être accessible en 1 clic. Notre meilleur exemple est certainement notre fonction de recherche en 1 clic qui permet à un internaute utilisant notre extension Firefox de découvrir les sites similaires au site qu’il est train de consulter, simplement en cliquant sur un bouton de la toolbar.
L’utilisabilité de nos produits est une de nos préoccupations majeures.
Alerti: Quelles technologies utilisez-vous ?
Yoono: Delphi pour l’application Windows.
XUL/XBEL/Javascript… pour l’extension Firefox.
Java, Base SQL et système d’indexation propriétaire pour la plateforme serveurs.
Alerti: Quelles sont les fonctionnalités les plus demandées par vos membres ?
Yoono: Les fonctions de partage sur des communautés restreintes et une version du client sous Mac et Linux.
Alerti: Proposez-vous une API ? Si oui, quelle application utilisant votre API vous a étonné ?
Yoono: Les API ne sont pas encore publiques, elles devraient l’être en partie à la fin de la phase bêta.
En dehors des API, nous sortons prochainement un jeu de code javascript permettant d’intégrer des listes d’objets Yoono dans les blogs, forums et autres sites web. Un bloggeur pourra ainsi intégrer à son blog la liste de ses dossiers publiés, le contenu de ses revues presse. On pourra aussi intégrer à un article des contenus dynamiques comme le contenu d’un dossier Yoono, le résultat d’une suggestion, etc.
Alerti: Quel est la répartition géographique de vos membres ?
Yoono: Pour l’instant nos utilisateurs sont majoritairement français. Nous avons timidement commencé à élargir nos tests aux autres pays, en particulier les US.
Alerti: Comment voyez-vous Yoono dans 6 mois ? dans 2 ans ?
Yoono: Très prochainement nous pensons pouvoir déployer une version de notre service à destination du grand public. La version bêta, diffusée auprès des internautes experts, nous permet une courbe d’apprentissage indispensable pour définir le meilleur service pour le grand public. Dans 2 ans, nous espérons être un nouveau modèle de services communautaires devenu incontournable au côté des grands moteurs de recherche actuels plus classiques.
Alerti: Quels sont vos plus grands challenges pour réussir ?
Yoono: Nous sommes de plus en plus assaillis d’infos tous les jours, et ce sera encore plus vrai avec la généralisation des fils d’information, comme en témoigne l’intégration des readers RSS dans les futurs browsers. Pour pouvoir traiter toute cette information, de nouveaux outils, plus intégrés et plus ergonomiques vont voir le jour. Yoono est un service précurseur en ce sens. Imposer cette vision est certainement notre plus grand challenge.
Alerti: Que faut-il pour passer à la prochaine étape de votre projet ?
Yoono: Avoir un bon relais aux US.
Alerti: Avez-vous un modèle économique ? Si oui, lequel ?
Yoono: Le même business model que les moteurs de recherche : principalement basé sur les liens sponsorisés qui seront intégrés contextuellement aux résultats de recherche et dans les résultats de veille. Nous testons actuellement un business model complémentaire basé sur la fourniture de notre plateforme serveur en mode ASP ou sous forme de licence à destination des grands comptes.
Alerti: Si l’information n’est pas confidentielle, combien de membres avez-vous ? Quel trafic génère Yoono en moyenne par jour ?
Yoono: Nous avons ciblé dans un premier temps les experts du web en France. En 2 mois plusieurs milliers d’utilisateurs ont déjà téléchargé l’application. Ce qui nous semble déjà très encourageant…
Alerti: Quel est votre hébergeur ?
Yoono: Nous sommes hébergés par la société BCS Technologie que nous connaissons bien et en qui nous avons confiance. Nous la savons capable de nous suivre dans notre montée en charge.
Alerti: De quoi êtes-vous le plus fier à propos de Yoono ?
Yoono: Du concept initial, puis probablement du design et de l’ergonomie de l’application windows.
Alerti: Quels sont les sites que vous visitez quotidiennement ?
Yoono: Encore beaucoup trop, même si j’ai pu réduire mon temps de veille à 1 heure par jour depuis que Yoono est fonctionnel. Je visite de moins en moins de sites et je lis de plus en plus de fils RSS. Je pense que c’est une tendance qui va se généraliser. Les sites que je visite actuellement le plus souvent sont les sites de certains bloggeurs passionnants comme celui de Joel Spolsky et autres blogs dédiés à la veille et aux moteurs de recherche.
A ce propos, nous avons encore quelques innovations techniques et ergonomiques à apporter dans le traitement des fils d’informations RSS sur le client Yoono, qui devrait réduire significativement cette consommation de temps journalière.
Alerti: Quels sont vos services en ligne favoris ?
Yoono: classiquement Gmail, Amazon, Google et Yahoo. Petit bémol sur Google que je trouve de moins en moins pertinent face à yahoo. Son mécanisme de bac à sable bloque aussi bien les bons et les mauvais sites ce qui est particulièrement pénible pour les sites et les internautes.
Alerti: Souhaitez vous dire quelque chose de particulier sur votre projet à nos lecteurs ?
Yoono: Le web ira de plus en plus vers des services communautaires comme en témoigne l’effervescence actuelle autour des services de blog, de tagging et autre Web 2.0 … La génération actuelle des moteurs de recherche a permis de traiter mécaniquement de très grandes quantités d’informations. La nouvelle génération de moteurs devra prendre la dimension humaine en compte. Pas uniquement en intégrant des systèmes de personnalisation des recherches comme commence à le faire certains moteurs, mais aussi en utilisant les capacités humaines de tri et de sélection pour améliorer les résultats de recherche. Aujourd’hui c’est une réalité avec Yoono, nous indexons les sites qui ont retenu l’attention des internautes et les classements correspondants.
Encore merci à Laurent Quérel pour toutes ces précisions.
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7 commentaires 6 December 2005 13:09 Olivier
La flickerisation de Yahoo
[ Patrick ] Un article de business 2.0 m’a rappelé le succès foudroyant des co-fondateurs de Flickr, Stewart Butterfield et sa femme, Caterina Fake. Les chiffres parlent d’eux-mêmes :
- 1,5 millions de membres
- 60 millions de photos
- 80 % des photos sont publiques
- 14 000 nouvelles images par heure
Né en novembre 2003, Flickr est le site de partage de photos en ligne qui a connu la plus forte croissance de ces dernières années pour finalement être racheté par Yahoo en mars 2005. Au-delà de ce fait marquant, qui symbolise l’espoir de nombreux services web 2.0 qui se lancent (être racheté par l’un des 5 grands : Yahoo, Google, Microsoft, Amazon ou Ebay), Flickr a été le premier service en ligne à ma connaissance à proposer l’usage du tag pour organiser ses photos. Plus de la moitié des photos postées sur Flickr.com sont ainsi “taguées” par leur auteur ou les visiteurs, les rendant ainsi “cherchables”. Le tag est devenu depuis une des caractéristiques principales des nouveaux services 2.0 pour organiser l’information.
L’usage de Flickr reflète cette nouvelle culture de la participation sur Internet. Lorsque vous écrivez votre blog, produisez votre podcast ou postez vos photos personnelles c’est pour que tout le monde en profite
C’est la que le web prend tout son sens … et Yahoo l’a bien compris.
Lorsque Catherine Fake lance le service “Mon web 1.0″ au sein de Yahoo, la flickerisation de Yahoo est amorcée. “Mon web” est un service en ligne permettant de sauvegarder vos favoris ainsi que les pages web qui vous intéressent pour les retrouver ultérieurement. Contrairement à ce que dit l’article de business 2.0, “Mon Web” n’est pas une pâle copie du service Del.icio.us. Il reprend également un autre concept créé en 2003 par les startups Furl.net (racheté depuis par Looksmart) et par Spurl.net. “Mon web” vous permet de sauvegarder non seulement vos favoris (à la delicous) mais également le contenu d’une page web, les taguer, les regrouper et les partager avec votre réseau d’amis. Plus vous ou vos amis l’utilisez, plus cela sera bénéfique pour vos recherches.
Rappelons qu’en 1995, le projet initial de Jerry Yang et David Filo , co-fondateurs de Yahoo, était de construire (à partir de leur chambre de Stanford) le plus grand annuaire mondial en ligne en catégorisant et en recommandant les meilleurs sites aux internautes. Yahoo recrutait alors des éditeurs. Cependant, cette vision a été rapidement abandonnée parce que le web devenait trop grand. Aujourd’hui, grâce au système de tags, les éditeurs rémunérés par Yahoo ont été remplacés par les internautes eux-mêmes que Yahoo n’a pas à payer ![]()
Aujourd’hui, avec “Mon Web”, Yahoo permet ainsi à ses 70 millions d’utilisateurs de sauvegarder et de taguer ses favoris (ou le contenu complet d’une page web) comme le font les clients d’Amazon pour les recommandations. Ainsi, les membres de Yahoo offrent indirectement une alternative au moteur de recherche traditionnel. Alors que Google a une approche totalement automatisée de la recherche avec une armée d’ingénieurs et des milliers de serveurs, Yahoo se base sur l’intelligence collective de ses membres pour enrichir son moteur de recherche d’un annuaire et d’un contenu édité par ses membres à partir du système de tags utilisés dans “Mon Web”. Comme Google, Yahoo produit également des algorithmes de recherche pour son moteur, mais il ne peut pas battre Google à ce jeu là. Son objectif n’est plus d’avoir uniquement la plus grande base de données indexée mais d’offrir également les résultats de recherche les plus pertinents pour les utilisateurs établis par les utilisateurs eux mêmes.
En pratique, l’activité de taguer ses favoris ou le contenu d’une page web peut paraître réserver aux geeks mais cette approche devient de plus en plus populaire. Le récent service “Mon Web” de Yahoo compte déjà 300 000 pages sauvegardées et 90 000 tags utilisés. Cela reste néanmoins très faible par rapport à Del.icio.us avec ses 10 millions de favoris et ses 500 000 tags.
Cependant, la recherche collaborative demande aux internautes de changer leurs habitudes. Et cela n’a de sens que si vos amis utilisent le même service que vous. De plus, l’intelligence collective n’est pas concentrée uniquement au sein des membres de Yahoo. Le service “Mon Web” devrait être élargi à d’autres services du même genre comme Furl, Spurl, Blogmarks, Simpy ou Blinklist… en intégrant leur API afin d’agréger les résultats de recherche de tous les internautes utilisant un système de tags pour organiser leurs favoris ou le contenu de pages web. Yahoo deviendrait ainsi le premier méta-moteur de recherche collaborative.
A votre avis, pour poursuivre sa stratégie de flickerisition, Yahoo rachètera-t-il Delicious et/ou Spurl ?
[ Olivier ] Aujourd’hui, impossible de sortir un service collaboratif ou à usage personnel sans inclure le principe des tags. Affecter librement ses propres mots clés à un contenu quel qu’il soit a effectivement été une révolution: chacun peut dorénavant classer l’information comme il l’entend et surtout d’une manière qui lui permet de la retrouver plus facilement par rapport à sa manière de raisonner. Car ne nous y trompons pas, en l’état actuel, j’estime que les tags, c’est surtout une affaire personnelle, et non un système collaboratif d’envergure, et ce, pour de multiples raisons.
Tout d’abord, la manière dont chacun structure l’information pour la retrouver n’est absolument pas universelle. Chacun reproduit ses propres moyens mnémotechniques lorsqu’il tague. Du coup, lorsqu’on réunit ensemble une communauté de tagueurs, le résultat n’est pas nécessairement pertinent. Il suffit de regarder la variété des tags attribués par les utilisateurs de del.icio.us sur un même article pour s’en rendre compte (il suffit de suivre les liens “and XXX other people” de delicious).
Ensuite, les tags actuellement ne tiennent compte ni des notions de synonymes, ni des singuliers/pluriels d’un même mot, ni des conjugaisons, ni des séparateurs, ni de la langue de l’internaute, etc. Tous ces paramètres varient d’un utilisateur à l’autre et provoque donc de multiples redondances dans les tags mais surtout aboutissent à une vue (très) partielle de l’information. Un exemple concret: pour suivre l’actualité du Web 2.0 dans un système de bookmark social, il faut nécessairement suivre au moins les tags web2.0 (sans espace), web 2.0 (avec espace) et web2 pour disposer d’une information exhaustive. Mais en faisant cela on se retrouve alors avec de nombreux doublons dans les articles tagués sous différents tags similaires… Bref, un vrai casse tête pour retrouver toute l’information pertinente.
Enfin, et c’est peut-être le problème majeur des tags, il n’existe aucune notion de contexte. Un exemple classique est le mot clé Jaguar. Lorsqu’on cherche ce terme dans un service fondé sur les tags, on voit passer aussi bien des résultats concernant l’animal, la voiture, ou le système d’exploitation d’Apple! On obtient donc une information qui est loin d’être aussi pertinente qu’on le souhaiterait.
Depuis 2 ans que le système des tags existe dans les services en ligne, aucune solution n’a été trouvée pour résoudre tout ces problèmes. Du coup, certains commencent à vouloir mettre de l’ordre dans les tags, comme par exemple Tagyu, qui à partir d’un texte donné, suggère les tags à utiliser. Mais cela ne résout pas le problème de la langue (un même tag s’écrit différemment dans chaque langue). D’autres suggèrent d’avoir des systèmes de tags et sous-tags, comme à l’époque des catégories/sous catégories, ce qui permettrait de redonner un contexte à chaque tag, mais cela n’est pas une solution miracle à l’ensemble des problèmes évoqués. Or même si on ne parle des tags en tant que tel que depuis 2 ans, les tags, ce sont finalement que des mots clés, et de nombreux logiciels, Microsoft Word en tête, permettent depuis longtemps d’associer des mots clés à certains contenus. Ces logiciels ont été confrontés aux mêmes problèmes, et aucun n’a mis en place de solution définitive (mais peut-être que cela n’était pas vraiment un problème à l’époque car les systèmes de mots clés restaient à usage personnel).
Pour conclure, je suis un adepte des tags, j’aime la liberté que cela procure dans la manière de trier et classer l’information, mais en l’état actuel les tags ne sont véritablement utilisables qu’à titre personnel. L’utilisation à un niveau collaboratif donne l’impression de mieux trier l’information et de la rendre plus pertinente, mais cela n’est qu’une impression! Trop de problèmes subsistent et il est temps que quelqu’un se penche la dessus. Yahoo ou Google sont sûrement les mieux placés pour s’attaquer à ce problème, l’un parce que justement il bénéficie de l’expérience de Flickr, et l’autre parce qu’il dispose de la puissance de frappe technologique et humaine nécessaire pour résoudre ces problèmes.
Pourquoi est-ce que depuis 2 ans, chacun reproduit le même modèle que son voisin, avec les mêmes défauts sans jamais chercher à améliorer une idée qui à la base reste puissante ? Pour moi la flickerisation de Yahoo, cela reste finalement l’attentisme de Yahoo, qui reproduit dans ses différents services les mêmes défauts que ceux de Flickr, c’est dommage
Plutôt que de racheter un service existant, comme le propose Patrick, Yahoo ferait mieux d’investir et innover sur ce terrain: le premier à résoudre ces problèmes disposera d’un avantage indéniable. Or pour le moment, même Google avec tous les ingénieurs dont il dispose laisse ce domaine en friche: le système de tags de Google (car Google permet bien de taguer l’information via son système d’historique de recherches) ressemble en tout point à ce que tout le monde fait, en tout cas pour le moment ! C’est tout aussi dommage.
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4 commentaires 25 November 2005 02:48 Olivier


