Collaborer 2.0 : sommes nous vraiment prêts ?
[ Olivier ] Le web 2.0 se veut collaboratif, et de nombreux services sortis récemment promettent de nous aider à mieux collaborer. Ainsi, des services comme Writely, Webcollaborator, WideWord ou encore le tout récent et prometteur Rallypoint nous permettent de co-rédiger et échanger des documents. Conversate nous permet de discuter plus facilement que par mail sur un sujet donné et d’archiver ces conversations. Slawesome et YackPack nous permettent d’échanger des messages audios. Et bien sur, Basecamp nous permet de mettre de l’ordre dans nos collaborations, en mettant à notre disposition un outil basique de gestion de projets. Mais sommes nous réellement prêt pour ces déferlantes d’outils tous aussi intéressants les uns que les autres?
En France (et probablement ailleurs), il est classique de dire “le savoir, c’est le pouvoir”… Cela fait longtemps que je trouve ce concept dépassé, mais il ne faut pas se voiler la face: c’est un concept extrêmement vivace, voire une véritable politique, dans de nombreuses entreprises… Du coup, la notion de collaboration est toute relative, et tous ces outils auront sûrement du mal à trouver preneur non? Bien sur il reste les particuliers, qui peuvent alors former une “communauté” et utiliser tous ces services à des fins personnelles, mais n’est ce pas illusoire? Mes relations amicales ne sont pas un projet que je gère, et je préfère mille fois discuter avec mes amis autour d’un bon repas plutôt que via le web, quelque soit le service… pas vous? Je me demande donc quelle est la réelle cible de tous ces outils que je trouve tous très intéressants, mais que je n’arrive pas à utiliser dans la vie de tous les jours, malgré tout mes efforts?
De plus, tous ces outils ont un problème majeur: qui dit collaborer dit être plusieurs (belle lapalissade!) mais surtout, dans le cas de ces services, cela veut dire être plusieurs à utiliser le même outil… Mais comment faire pour amener les autres à utiliser le même outil que moi? Pour chaque type de collaboration, chacun va préférer tel ou tel service. Et aucun service ne collabore avec un autre! La plupart des services web actuels réintroduisent la notion de format propriétaire (qui tendait à disparaitre du poste client), mais surtout, et c’est plus grave, ne considèrent pas toujours que l’utilisateur est propriétaire de son contenu… Pour vous en rendre compte, il suffit de faire un test simple: quand vous vous inscrivez à un service, regardez qu’elles sont les possibilités d’exportation de vos données. Quand ce n’est pas inexistant, c’est généralement pas terrible… Un exemple classique de ce problème: tous les services de social bookmarking sont capables d’importer vos favoris depuis votre navigateur ou del.icio.us, mais combien proposent d’exporter l’information que vous avez stockée en ligne vers votre navigateur ou del.icio.us? Pratiquement aucun!
Bref, collaborer entre êtres humains via des services en ligne, c’est clairement l’avenir, mais avant cela, il faudrait peut être que les services en lignes, qui nous vantent les mérites de la collaboration, apprennent à collaborer entre eux non?
[ Patrick ] Je ne partage pas complètement l’avis d’Olivier en ce qui concerne l’utilisation d’un même service en ligne à plusieurs. Au sein d’une organisation (entreprise, association ..), ce n’est pas un problème d’imposer le service à utiliser pour collaborer en interne à usage privé. Il y a d’autres freins psychologiques plus importants dès que l’on parle de logiciel comme un service ( SaaS : Software as a Service). Le premier frein étant tout simplement le fait d’externaliser les données parfois sensibles voire critiques de l’entreprise auprès de jeunes services en ligne en version bêta. Quelle pérennité offrent-ils ? Quel niveau de sécurité garantissent-ils ? Enfin, quelle assurance de confidentialité des données assurent-ils ? Bref, les récents services 2.0 auront de nombreux obstacles à surmonter pour convaincre une clientèle professionnelle. Le meilleur exemple à suivre dans ce domaine me semble être celui de saleforces.com.
Par contre, lorsqu’il s’agit de collaborer publiquement, sur un wiki ou un blog par exemple, leur utilisation se justifie complètement. A condition, comme Olivier l’a très justement fait remarquer, qu’ils offrent la possibilité d’exporter les données publiées et qu’ils soient inter-opérables avec d’autres services (on parle alors d’un service ouvert).
Notons également le cas d’une utilisation temporaire (ou jetable) d’un service en ligne pour la prise de notes comme Jotlive. Ce type de service se prête parfaitement à l’usage, permet d’évangéliser le marché et conquérir de nouveaux utilisateurs.
Pour aller encore plus loin dans la réflexion sur l’intéropérabilité des récents services en ligne 2.0, il s’agit à mon sens d’une question de survie à long terme pour eux. Ne proposant généralement qu’une seule application, ils sont condamnés à terme par rapport à un Office Live … car lorsque l’on parle de productivité de groupe, on ne va pas imposer à chaque collaborateur de souscrire autant de services qu’il y a d’applications (mail, carnet d’adresses, calendrier, to-do list, blog, wiki, espace de partage de documents, word …). L’intégration et l’échange des informations entre applications sont indispensables pour apporter une réelle valeur à l’utilisateur. C’est surtout cela qui devrait motiver les services en ligne à collaborer entre eux et offrir des API. Imaginons un instant que chaque service en ligne se concentre sur une seule application et supposons qu’il le fasse bien (plutot que de vouloir tout faire). L’utilisateur serait gagnant grâce à une identification unique (single sign-on), une interface unique (une simple feuille de style qui pourrait être utilisée d’un service à l’autre) et la possibilité de consommer chaque service comme un “module” de son site ! Bref, que du bonheur …
Si vous avez lancé un service 2.0, je vous invite d’ailleurs à l’indiquer sur l’excellent Wsfinder.
Categories: Collaborer - Tags:
12 December 2005 19:27 Olivier



10 commentaires Ajouter un commentaire
1. Jérémi Joslin - En route vers le web2.… | 13 December 2005 07:08
collaborer en ligne
Olivier et Patrick d’Alerti ont une excellente discussion sur la collaboration et les outils collaboratifs.
voilà les problèmes dont ils parlent et qui me viennent à l’esprit…
2. Jean carl | 14 December 2005 22:01
Je suis content de lire cette article, je croyais ne rien comprendre au web2.0 tant la collaboration me semble utopique, sans parler du biz model.
Je partage a 100% le point de vue d’ Olivier et m’empresse de linker l’article sur mon post d’aujourd’hui
Je sais pas ou on va avec ce web20
3. Stephane Lee | 15 December 2005 09:47
J’approuve totalement.
Je serais curieux de connaitre l’antécédent des personnes créatrices de tous ces projets…je ne serais pas surpris d’apprendre qu’il s’agit pour la plupart de “techniciens” (rien de péjoratif ici) n’ayant aucune compréhension de ce qu’est le “business”.
Soit on fait un site/service pour s’amuser, soit on monte une société commerciale…
4. Frédéric Aloé | 21 December 2005 19:11
D’après toi Stéphane, on ne peut donc pas créer de société profitable en s’amusant ?
Et puis des gars qui “connaissent le business” et qui montent des boites foireuses parce qu’ils n’ont aucune idée de ce que peut être la faisabilité technique d’un projet, j’en connais un paquet, et ils sont quasiment tous retourner chez leurs employeurs.
Enfin, heureusement que tout le monde ne pense pas comme toi sinon le monde des entreprises serait bien triste.
5. Stephane Lee | 22 December 2005 14:10
Frédéric,
Tu as raison, mon commentaire précédent était un peu trop radical.
Comme beaucoup, j’essaie de trouver le Graal : vivre de sa passion. Donc s’amuser en montant une boite profitable. Je crois que c’est possible si on s’en donne les moyens.
La techno seule ne suffit pas, c’est ce que je voulais dire. Il faut aussi savoir commercialiser et vendre.
Entre les bons techs qui savent pas vendre et les bons businessmen qui comprennent rien à la technique, il doit y avoir moyen de s’associer, tu ne penses pas ?
6. Laurent Quérel (Yoono) | 2 January 2006 09:32
Yoono n’a pas de fonction d’export car il laisse vos favoris/bookmarks là où ils sont, c’est-à-dire dans votre navigateur. Je pense que cela à le mérite de laisser une entière liberté à l’internaute et lui facilite la vie car il n’a pas besoin de changer ses habitudes.
Je ne connais aucun autre service qui apporte ce type de réponse, mais là je manque peut être un peu d’objectivité…
7. InternetActu.net | 10 January 2006 17:55
Collaborer 2.0 : sommes-nous prêts ?
Intéressante réflexion d’Olivier Ruffin et Patrick Chassany sur Alerti, à propos de la vague des outils collaboratifs du web 2.0. Olivier Ruffin se demande “quelle est la réelle cible de tous ces outils que je trouve tous très intére…
8. Etienne Gonnaud | 16 January 2006 10:39
Je ne suis pas tout à fait d’accord avec le constat de non inter-opérabilité entre les services cités. Que ce soit del.icio.us ou flickr voire writely, tous utilisent le RSS/XML qui permet de se tenir au courant et bon nombre d’entre eux proposent des API qui permettent de s’abstraire de l’outil !
Un bon exemple d’inter-opérabilités entre les services WEB2.0 : http://www.programmableweb.com/matrix
9. le blog de groupe Reflect | 3 February 2006 09:08
Etre accueillant c’est bien, être généreux c’est mieux.
À en croire ce qu’on lit tous les jours des observateurs les plus inspirés du développement de la société de l’information, il n’y a plus personne pour nier le développement massif des usages numériques et notamment des nouvelles pratiques di…
10. » Radar-Technologies.net : Détect… | 13 March 2006 02:23
[...] Bloguer à plusieurs = collaborer 2.0 ? Je ne sais pas si on est prêt à collaborer avec les outils web 2.0 actuels mais en tout cas, je trouve cette expérience très intéressante. Nous avons utilisé Basecamp en phase d’incubation, « en live » nous utilisons Writely, notepad ( ), Wordpress et Skype. [...]
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