Archive - December 2005

Collaborer 2.0 : sommes nous vraiment prêts ?

[ Olivier ] Le web 2.0 se veut collaboratif, et de nombreux services sortis récemment promettent de nous aider à mieux collaborer. Ainsi, des services comme Writely, Webcollaborator, WideWord ou encore le tout récent et prometteur Rallypoint nous permettent de co-rédiger et échanger des documents. Conversate nous permet de discuter plus facilement que par mail sur un sujet donné et d’archiver ces conversations. Slawesome et YackPack nous permettent d’échanger des messages audios. Et bien sur, Basecamp nous permet de mettre de l’ordre dans nos collaborations, en mettant à notre disposition un outil basique de gestion de projets. Mais sommes nous réellement prêt pour ces déferlantes d’outils tous aussi intéressants les uns que les autres?

En France (et probablement ailleurs), il est classique de dire “le savoir, c’est le pouvoir”… Cela fait longtemps que je trouve ce concept dépassé, mais il ne faut pas se voiler la face: c’est un concept extrêmement vivace, voire une véritable politique, dans de nombreuses entreprises… Du coup, la notion de collaboration est toute relative, et tous ces outils auront sûrement du mal à trouver preneur non? Bien sur il reste les particuliers, qui peuvent alors former une “communauté” et utiliser tous ces services à des fins personnelles, mais n’est ce pas illusoire? Mes relations amicales ne sont pas un projet que je gère, et je préfère mille fois discuter avec mes amis autour d’un bon repas plutôt que via le web, quelque soit le service… pas vous? Je me demande donc quelle est la réelle cible de tous ces outils que je trouve tous très intéressants, mais que je n’arrive pas à utiliser dans la vie de tous les jours, malgré tout mes efforts?

De plus, tous ces outils ont un problème majeur: qui dit collaborer dit être plusieurs (belle lapalissade!) mais surtout, dans le cas de ces services, cela veut dire être plusieurs à utiliser le même outil… Mais comment faire pour amener les autres à utiliser le même outil que moi? Pour chaque type de collaboration, chacun va préférer tel ou tel service. Et aucun service ne collabore avec un autre! La plupart des services web actuels réintroduisent la notion de format propriétaire (qui tendait à disparaitre du poste client), mais surtout, et c’est plus grave, ne considèrent pas toujours que l’utilisateur est propriétaire de son contenu… Pour vous en rendre compte, il suffit de faire un test simple: quand vous vous inscrivez à un service, regardez qu’elles sont les possibilités d’exportation de vos données. Quand ce n’est pas inexistant, c’est généralement pas terrible… Un exemple classique de ce problème: tous les services de social bookmarking sont capables d’importer vos favoris depuis votre navigateur ou del.icio.us, mais combien proposent d’exporter l’information que vous avez stockée en ligne vers votre navigateur ou del.icio.us? Pratiquement aucun!

Bref, collaborer entre êtres humains via des services en ligne, c’est clairement l’avenir, mais avant cela, il faudrait peut être que les services en lignes, qui nous vantent les mérites de la collaboration, apprennent à collaborer entre eux non?

[ Patrick ] Je ne partage pas complètement l’avis d’Olivier en ce qui concerne l’utilisation d’un même service en ligne à plusieurs. Au sein d’une organisation (entreprise, association ..), ce n’est pas un problème d’imposer le service à utiliser pour collaborer en interne à usage privé. Il y a d’autres freins psychologiques plus importants dès que l’on parle de logiciel comme un service ( SaaS : Software as a Service). Le premier frein étant tout simplement le fait d’externaliser les données parfois sensibles voire critiques de l’entreprise auprès de jeunes services en ligne en version bêta. Quelle pérennité offrent-ils ? Quel niveau de sécurité garantissent-ils ? Enfin, quelle assurance de confidentialité des données assurent-ils ? Bref, les récents services 2.0 auront de nombreux obstacles à surmonter pour convaincre une clientèle professionnelle. Le meilleur exemple à suivre dans ce domaine me semble être celui de saleforces.com.

Par contre, lorsqu’il s’agit de collaborer publiquement, sur un wiki ou un blog par exemple, leur utilisation se justifie complètement. A condition, comme Olivier l’a très justement fait remarquer, qu’ils offrent la possibilité d’exporter les données publiées et qu’ils soient inter-opérables avec d’autres services (on parle alors d’un service ouvert).

Notons également le cas d’une utilisation temporaire (ou jetable) d’un service en ligne pour la prise de notes comme Jotlive. Ce type de service se prête parfaitement à l’usage, permet d’évangéliser le marché et conquérir de nouveaux utilisateurs.

Pour aller encore plus loin dans la réflexion sur l’intéropérabilité des récents services en ligne 2.0, il s’agit à mon sens d’une question de survie à long terme pour eux. Ne proposant généralement qu’une seule application, ils sont condamnés à terme par rapport à un Office Live … car lorsque l’on parle de productivité de groupe, on ne va pas imposer à chaque collaborateur de souscrire autant de services qu’il y a d’applications (mail, carnet d’adresses, calendrier, to-do list, blog, wiki, espace de partage de documents, word …). L’intégration et l’échange des informations entre applications sont indispensables pour apporter une réelle valeur à l’utilisateur. C’est surtout cela qui devrait motiver les services en ligne à collaborer entre eux et offrir des API. Imaginons un instant que chaque service en ligne se concentre sur une seule application et supposons qu’il le fasse bien (plutot que de vouloir tout faire). L’utilisateur serait gagnant grâce à une identification unique (single sign-on), une interface unique (une simple feuille de style qui pourrait être utilisée d’un service à l’autre) et la possibilité de consommer chaque service comme un “module” de son site ! Bref, que du bonheur …

Si vous avez lancé un service 2.0, je vous invite d’ailleurs à l’indiquer sur l’excellent Wsfinder.


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10 commentaires 12 December 2005 19:27 Olivier

Yoono: interview de Laurent Quérel

Nous remercions Laurent Quérel, co-fondateur (au coté de Pascal Josselin, John Dugdale et Nicolas Lehuen) et directeur technique de Yoono, d’avoir accepter de faire cette interview par email.


Alerti: A quoi sert le service Yoono ?
Yoono: Yoono est service collaboratif de recherche, de partage et d’échange d’informations. Sa particularité est de regrouper des fonctionnalités plus ou moins disponibles sur le web mais de manière éparse. Yoono intègre des fonctions de Social Bookmarking, des fonctions de recherche pour identifier des sites similaires et des experts, un lecteur RSS et un générateur de fils RSS (fonction revue de presse).
Notre approche se distingue des offres concurrentes car nous ne basons pas nos fonctions de Social Bookmarking et notre moteur de recherche sur la notion de tags. Nous utilisons la classification des favoris au niveau structurel pour déterminer les relations de similarité entre les sites. Nous évitons ainsi les problèmes liés aux tags : problèmes de synonymie, d’orthographe et de langue.

Alerti: Pourquoi avez-vous lancé le service Yoono ?
Yoono: Yoono est né du besoin de minimiser mon temps de veille journalière et d’échanger mes découvertes avec mes collaborateurs ou amis. Aujourd’hui les moteurs indexent les sites par mots clés. Cette technique a été parfaitement assimilée par certains, internautes ou sociétés, qui détournent les résultats de recherche à leur profit. Cela brouille les résultats de recherche et ne reflète en rien l’audience réelle d’un site.
Avec Yoono, notre idée a été d’indexer la recherche et la sélection humaines à grande échelle pour obtenir de meilleures performances, notamment sur des thématiques précises. Nous avons cherché à systématiser le bouche à oreille que nous avons tous effectués avec des amis ou des collègues pour trouver des sites fiables sur un domaine particulier.
Les grands moteurs de recherche utilisent des laboratoires (avec des experts) pour mesurer la pertinence de leurs résultats afin de modifier leurs algorithmes. Un mixage de ces deux technologies de recherche serait bien plus pertinent.

Alerti: Quand avez-vous lancé le service Yoono ?
Yoono: Officiellement le service Yoono a été lancé le 16 septembre 2005 après plus d’un an de développement.

Alerti: Existe-t-il des services concurrents de Yoono ? Si oui, lesquels ?
Yoono: Oui nous avons des concurrents et ils sont nombreux mais notre approche reste pour l’instant unique! Nos concurrents sont tous concentrés autour de la notion de “social tagging”. My Web 2.0 (Yahoo), Del.icio.us, Simpy, Furl, Spurl, Blinklist,… proposent des services de tagging web plus ou moins conviviaux. Notre approche se démarque en proposant un service qui ne change pas les habitudes des utilisateurs (réutilisation des favoris du navigateur), qui regroupe plusieurs services en un applicatif convivial, et qui minimise l’impact des différences de nommage des sites, inévitables dans un contexte grand public et international.

Alerti: Consacrez-vous tout votre temps à Yoono ?
Yoono: Oui nous travaillons à temps plein sur le projet.

Alerti: Parlez-nous de votre équipe ?
Yoono: Nous sommes tous des passionnés et avons pour point commun d’aimer relever des challenges. Et pour sortir un produit comme Yoono en France il faut avoir ces deux compétences. Actuellement nous sommes 5 personnes à temps pleins + 1 freelance à mi-temps. Pascal Josselin dirige la société Yoono, c’est un vrai entrepreneur qui n’en est pas à son premier coût d’essais (Stratélite revendu à Fi System, The CRM Company). Au niveau développement, nous sommes 4 ingénieurs dont 3 ont plus de 8 ans d’expériences professionnelles dans le développement web et logiciel (parcours professionnels : Fi System, iomedio, ubicco, The CRM Company).

Alerti: Avez-vous lancé ou êtes-vous impliqué dans d’autres services en ligne ?
Yoono: Certains d’entre nous ont fait parti de la société iomedio, startup financée à hauteur de 10M€, qui opérait en marque blanche des annuaires importants online pour le compte de grands diffuseurs (Les Echos, M6, Club Internet, AutoPlus, Zdnet, etc).

Alerti: Quel est votre mode de financement ?
Yoono: Aujourd’hui le financement est exclusivement interne. Je me suis associé avec 2 serials entrepreneurs qui apportent leurs compétences entreprenariales et financent en grande partie la structure.

Alerti: Que pensez-vous du web 2.0 ?
Yoono: Le web est effectivement à une époque charnière. Les services web 2.0, puisqu’il faut bien les nommer, doivent apporter un plus grand confort d’utilisation, une meilleure intégration avec le poste de travail et des fonctions communautaires exploitant mieux l’intelligence et le travail des internautes. On assiste à un élargissement de l’utilisation du web. Du site web classique, l’internaute va utiliser de plus en plus des applications web (type gmail). D’où le besoin de faire évoluer les technologies web classiques.
Les débats techniques autour du web 2.0 sont loin d’être terminés car aujourd’hui aucune solution n’est réellement parfaite. Les technos web de type AJAX et le retour des clients riches (flash, xul and co, …) pour répondre à ces besoins, apportent pour la plupart un peu plus de convivialité. Elles n’apportent cependant pas pour l’instant toutes les fonctionnalités que l’on peut envisager dans une application C++ ou Delphi (par exemple: base de données embarquée, interface avec les applications bureautiques, etc). Prenons AJAX et XUL qui ont le vent en poupe actuellement, développer avec ces technologies n’est pas toujours de tout repos. Personnellement je militerais pour un XUL+HTML+CSS+Javascript épuré des effroyables RDF, XBL et autres mécanismes de template. XAML me semble aussi très prometteur car simple et mixant les avantages de XUL et de flash mais pour l’instant restreint à l’univers windows, dommage… (NDLR: si vous n’avez rien compris à cette avalanche de termes techniques, direction Wikipedia pour mettre un sens derrière chaque mot, nous sommes trop paresseux pour faire tous les liens ;-))

Alerti: Quelle est votre philosophie pour le design de Yoono ?
Yoono: Toute fonction doit être accessible en 1 clic. Notre meilleur exemple est certainement notre fonction de recherche en 1 clic qui permet à un internaute utilisant notre extension Firefox de découvrir les sites similaires au site qu’il est train de consulter, simplement en cliquant sur un bouton de la toolbar.
L’utilisabilité de nos produits est une de nos préoccupations majeures.

Alerti: Quelles technologies utilisez-vous ?
Yoono: Delphi pour l’application Windows.
XUL/XBEL/Javascript… pour l’extension Firefox.
Java, Base SQL et système d’indexation propriétaire pour la plateforme serveurs.

Alerti: Quelles sont les fonctionnalités les plus demandées par vos membres ?
Yoono: Les fonctions de partage sur des communautés restreintes et une version du client sous Mac et Linux.

Alerti: Proposez-vous une API ? Si oui, quelle application utilisant votre API vous a étonné ?
Yoono: Les API ne sont pas encore publiques, elles devraient l’être en partie à la fin de la phase bêta.
En dehors des API, nous sortons prochainement un jeu de code javascript permettant d’intégrer des listes d’objets Yoono dans les blogs, forums et autres sites web. Un bloggeur pourra ainsi intégrer à son blog la liste de ses dossiers publiés, le contenu de ses revues presse. On pourra aussi intégrer à un article des contenus dynamiques comme le contenu d’un dossier Yoono, le résultat d’une suggestion, etc.

Alerti: Quel est la répartition géographique de vos membres ?
Yoono: Pour l’instant nos utilisateurs sont majoritairement français. Nous avons timidement commencé à élargir nos tests aux autres pays, en particulier les US.

Alerti: Comment voyez-vous Yoono dans 6 mois ? dans 2 ans ?
Yoono: Très prochainement nous pensons pouvoir déployer une version de notre service à destination du grand public. La version bêta, diffusée auprès des internautes experts, nous permet une courbe d’apprentissage indispensable pour définir le meilleur service pour le grand public. Dans 2 ans, nous espérons être un nouveau modèle de services communautaires devenu incontournable au côté des grands moteurs de recherche actuels plus classiques.

Alerti: Quels sont vos plus grands challenges pour réussir ?
Yoono: Nous sommes de plus en plus assaillis d’infos tous les jours, et ce sera encore plus vrai avec la généralisation des fils d’information, comme en témoigne l’intégration des readers RSS dans les futurs browsers. Pour pouvoir traiter toute cette information, de nouveaux outils, plus intégrés et plus ergonomiques vont voir le jour. Yoono est un service précurseur en ce sens. Imposer cette vision est certainement notre plus grand challenge.

Alerti: Que faut-il pour passer à la prochaine étape de votre projet ?
Yoono: Avoir un bon relais aux US.

Alerti: Avez-vous un modèle économique ? Si oui, lequel ?
Yoono: Le même business model que les moteurs de recherche : principalement basé sur les liens sponsorisés qui seront intégrés contextuellement aux résultats de recherche et dans les résultats de veille. Nous testons actuellement un business model complémentaire basé sur la fourniture de notre plateforme serveur en mode ASP ou sous forme de licence à destination des grands comptes.

Alerti: Si l’information n’est pas confidentielle, combien de membres avez-vous ? Quel trafic génère Yoono en moyenne par jour ?
Yoono: Nous avons ciblé dans un premier temps les experts du web en France. En 2 mois plusieurs milliers d’utilisateurs ont déjà téléchargé l’application. Ce qui nous semble déjà très encourageant…

Alerti: Quel est votre hébergeur ?
Yoono: Nous sommes hébergés par la société BCS Technologie que nous connaissons bien et en qui nous avons confiance. Nous la savons capable de nous suivre dans notre montée en charge.

Alerti: De quoi êtes-vous le plus fier à propos de Yoono ?
Yoono: Du concept initial, puis probablement du design et de l’ergonomie de l’application windows.

Alerti: Quels sont les sites que vous visitez quotidiennement ?
Yoono: Encore beaucoup trop, même si j’ai pu réduire mon temps de veille à 1 heure par jour depuis que Yoono est fonctionnel. Je visite de moins en moins de sites et je lis de plus en plus de fils RSS. Je pense que c’est une tendance qui va se généraliser. Les sites que je visite actuellement le plus souvent sont les sites de certains bloggeurs passionnants comme celui de Joel Spolsky et autres blogs dédiés à la veille et aux moteurs de recherche.
A ce propos, nous avons encore quelques innovations techniques et ergonomiques à apporter dans le traitement des fils d’informations RSS sur le client Yoono, qui devrait réduire significativement cette consommation de temps journalière.

Alerti: Quels sont vos services en ligne favoris ?
Yoono: classiquement Gmail, Amazon, Google et Yahoo. Petit bémol sur Google que je trouve de moins en moins pertinent face à yahoo. Son mécanisme de bac à sable bloque aussi bien les bons et les mauvais sites ce qui est particulièrement pénible pour les sites et les internautes.

Alerti: Souhaitez vous dire quelque chose de particulier sur votre projet à nos lecteurs ?
Yoono: Le web ira de plus en plus vers des services communautaires comme en témoigne l’effervescence actuelle autour des services de blog, de tagging et autre Web 2.0 … La génération actuelle des moteurs de recherche a permis de traiter mécaniquement de très grandes quantités d’informations. La nouvelle génération de moteurs devra prendre la dimension humaine en compte. Pas uniquement en intégrant des systèmes de personnalisation des recherches comme commence à le faire certains moteurs, mais aussi en utilisant les capacités humaines de tri et de sélection pour améliorer les résultats de recherche. Aujourd’hui c’est une réalité avec Yoono, nous indexons les sites qui ont retenu l’attention des internautes et les classements correspondants.

Encore merci à Laurent Quérel pour toutes ces précisions.


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7 commentaires 6 December 2005 13:09 Olivier

Gootza: interview de Daniel Gergès

Nous remercions Daniel Gergès, fondateur de Gootza, pour cette interview par mail réalisée le 5 décembre 2005.


Alerti: A quoi sert le service Gootza ?
Gootza: Le but de Gootza est de permettre à des gens de découvrir les services recommandés par leur réseau d’amis. On connaît tous un bon plombier ou une baby-sitter qu’on apprécie ou une location de vacances géniale. Gootza est un service Internet simple et gratuit qui permet d’échanger ses bons plans et ses bonnes adresses (garde d’enfant, plombier, restaurants, hôtels…) avec ses amis.
Une fois inscrit, l’utilisateur saisit ses recommandations en remplissant un formulaire très simple et en indiquant pourquoi il apprécie le service qu’il recommande. Ensuite, Gootza propose un moyen simple pour diffuser ses recommandations à son réseau d’amis via un système d’invitations par mail.
Derrière il y a une modération à posteriori pour éviter les phénomènes de spam ou les recommandations un peu douteuses.

Alerti: Pourquoi avez-vous lancé le service Gootza ?
Gootza: Avec Gootza, je cherche à développer l’idée qu’il est possible de faire évoluer le modèle du commerce de services traditionnel vers un modèle où la recommandation et le bouche à oreille jouent un rôle aussi (voire même plus) important que la publicité de masse dans la presse et les médias. Je trouve cette idée passionnante…

Alerti: Quand avez-vous lancé le service Gootza ?
Gootza: Je travaille sur le service depuis mars 2005, le site est en béta test depuis le 15 septembre 2005 et la prochaine version sortira le 15 décembre 2005 avec plusieurs nouvelles fonctionnalités, notamment la possibilité de poster des recommandations depuis un blog.

Alerti: Existe-t-il des services concurrents de Gootza ? Si oui, lesquels ?
Gootza: Aux Etats-Unis il y a tout un tas de services similaires qui m’inspirent comme Judy’s book que j’aime bien, mais aussi Yelp, Insider Pages, ou même Riffs, sur un modèle un peu différent. Le fait que la plupart de ces services aient été bien financés leur donne plus de moyens que ce que je peux investir dans Gootza mais je reste convaincu qu’en faisant des choix intelligents je peux prendre une position intéressante en France.
En France, je ne connais pas de service concurrent, mais je sais que c’est un domaine qui excite pas mal de monde, donc je n’ai sûrement pas bien cherché. Le service duquel je me sens le plus proche en France est Zlio, qui est plus orienté produits et qui repose sur un véritable modèle d’affiliation alors que Gootza est plus adapté pour recommander des services locaux (garde d’enfants, locations, ménages, artisans, restaurants, loisirs…)

Alerti: Consacrez-vous tout votre temps à Gootza ?
Gootza: Non et c’est même le contraire. En fait, je développe Gootza comme un hobby. Je travaille sur Gootza une ou deux heures tous les soirs après le boulot et un peu plus le week-end … au grand désespoir de ma femme ;)
Alerti: Parlez-nous de votre équipe ?
Gootza: Pour l’instant je suis seul. Mais cela va changer dans les prochains mois. J’en profite pour dire que je recherche actuellement un développeur PHP/Ajax/MySQL qui souhaiterait s’associer avec moi sur ce projet.

Alerti: Avez-vous lancé ou êtes-vous impliqué dans d’autres services en ligne ?
Gootza: J’ai participé au lancement du plusieurs services en ligne dont une plate-forme de blogging mobile qu’Air2web revend en marque blanche à des opérateurs. Mais Gootza est vraiment ma première expérience en terme de services pur Web.

Alerti: Quel est votre mode de financement ?
Gootza: Pour l’instant je finance les développements et je pense que cela restera le cas le cas au moins jusqu’à ce que je prouve la viabilité du service. Ensuite, si la stratégie nécessite un financement externe, on verra… la meilleure solution serait de n’en avoir jamais besoin ;-)
Alerti: Que pensez-vous du web 2.0 ?
Gootza: Quand j’ai découvert Internet en 1995, j’étais fasciné par la facilité avec laquelle je pouvais accéder à de l’information. Aujourd’hui je suis scotché par le fait qu’avec 100 € par mois, je peux créer un journal en ligne (blog), une petite chaîne de radio (podcast) ou de télé (vidéo-blog), et raconter ce que je veux. Il ne faut pas être devin pour se dire que le rapport de force entre industrie et consommateur va forcément évoluer grâce à ces nouveaux outils, mais cela prendra nécessairement un peu de temps.

Alerti: Quelle est votre philosophie pour le design de Gootza ?
Gootza: Faire simple, mettre les choses rapidement en ligne, itérer en écoutant les utilisateurs le plus possible.

Alerti: Quelles technologies utilisez-vous ?
Gootza: Le site a une architecture classique de type PHP/MySQL. Le RSS apparaîtra dans une des prochaines versions, il y aura aussi sûrement un peu d’Ajax bientôt pour certaines fonctionnalités un peu délicates à implémenter en pur HTML.

Alerti: Quelles sont les fonctionnalités les plus demandées par vos membres ?
Gootza: En tête des demandes on trouve :
- les commentaires,
- la possibilité de noter les recommandations des autres,
- la possibilité de poser des questions à son réseau d’ami (par exemple, “je cherche une baby-sitter”),
- les recommandations négatives.
Ces fonctionnalités seront introduites dans le service en tout début d’année prochaine.

Alerti: Proposez-vous une API ? Si oui, quelle application utilisant votre API vous a étonné ?
Gootza: Pas encore mais je réfléchis à proposer un système permettant à des city-guide locaux, des blogs ou d’autres annuaires d’intégrer les recommandations Gootza sur leur site.

Alerti: Quel est la répartition géographique de vos membres ?
Gootza: 100% française car je me concentre uniquement sur le marché français par contre on me demande beaucoup d’autoriser les recommandations dans d’autres pays, pour tout ce qui touche au tourisme (hôtels, auberges, etc).

Alerti: Comment voyez-vous Gootza dans 6 mois ? dans 2 ans ?
Gootza: Mon premier objectif est de créer un service que les utilisateurs prennent plaisir à utiliser, ce qui est de plus en plus le cas d’après ce que je constate. Au delà, je suis très prudent. Je ne me fixe pas d’objectifs en termes de trafic ou de nombre d’utilisateurs ou même de rentabilité, car je suis encore en phase de validation de l’intérêt que peuvent avoir les gens pour ce type de service…

Alerti: Quels sont vos plus grands challenges pour réussir ?
Gootza: Rentrer une recommandation est un investissement important de la part des utilisateurs. Il faut absolument que je trouve une formule qui récompense d’une manière ou d’une autre l’utilisateur afin d’amorcer un cercle vertueux.

Alerti: Que faut-il pour passer à la prochaine étape de votre projet ?
Gootza: Des utilisateurs contents et qui en redemandent :-)
Alerti: Avez-vous un modèle économique ? Si oui, lequel ?
Gootza: Le site doit être gratuit pour les utilisateurs. Je ne suis pas très fan de l’affiliation car cela biaise l’idée de départ qui est de recommander des services qu’on apprécie. J’imagine cependant un modèle où les utilisateurs recevraient une partie des revenus générés par de la publicité locale, mais encore une fois, ma priorité est de construire un service que les utilisateurs prennent plaisir à utiliser et que la mayonnaise prenne.

Alerti: Si l’information n’est pas confidentielle, combien de membres avez-vous ? Quel trafic génère Gootza en moyenne par jour ?
Gootza: Un peu plus d’une centaine de contributeurs dont plus de la moitié actifs et environ 5000 pages vues sur novembre 2005, avec une bonne croissance d’un mois sur l’autre. Le point qui me satisfait beaucoup est que même sans aucune publicité, des utilisateurs arrivent sur le site depuis google (”un bon dentiste paris”) et que ce nombre croit d’environ 10% par semaine.

Alerti: Quel est votre hébergeur ?
Gootza: OVH pour l’instant.

Alerti: De quoi êtes-vous le plus fier à propos de Gootza ?
Gootza: Du moteur d’agrégation qui scanne les blogs des utilisateurs et qui détecte automatiquement les articles qui sont des recommandations. J’ai réussi à mettre ça en place sans une ligne de code :-).
Les retours des premiers utilisateurs m’ont fait très plaisir même ceux qui étaient un peu durs ;-)
Alerti: Comment décririez-vous ce qui se passe aujourd’hui sur le web pour les générations futures ?
Gootza: Le truc que je me dis toujours, c’est qu’aujourd’hui, l’Internet a changé nos habitudes consommation mais pas encore notre vie au sens où les systèmes économique et politique reposent encore sur un modèle qui date de la fin du XVIIIème siècle… Il est fort probable que les nouvelles possibilités de communication et d’expression offertes par Internet fassent voler ces modèles en éclat. Toute la question est de savoir quand…

Alerti: Quels sont les sites que vous visitez quotidiennement ?
Gootza: Je passe quasiment tout mon temps de lecture sur Bloglines, mon agrégateur RSS. En ce moment, mon blog préféré est TechCrunch et j’adore les interviews vidéo de Rodrigo Sepulveda.

Alerti: Quels sont vos services en ligne favoris ?
Gootza: Oulala je ne vais pas être trop original :
- Basecamp pour la gestion de projet,
- GMail pour le mail,
- Bloglines pour la lecture de blogs,
- Flickr pour le partage d’images,

Alerti: Souhaitez-vous dire quelque chose de particulier sur votre projet?
Gootza: Oui… Gootza est ouvert sur l’ensemble de la France, et il y a pour l’instant très peu de recommandations et d’utilisateurs sur Paris ;-)… A bon(s) entendeur(s)!

Alerti: Souhaitez-vous dire quelque chose de spécifique à nos lecteurs?
Gootza: Que j’attends leurs avis et questions dans les commentaires de cette note.

Merci encore à Daniel Gergès pour toutes ces précisions.


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3 commentaires 5 December 2005 19:42 Olivier